En deuil pour une pédale.
Hier, en traversant la grande avenue de l’Alcampo (Auchan version espagnol) pour retourner à mon piso (mon appart’) sur le passage piéton – (heureusement pour ma vie au vert, car si ça avait été rouge j’aurai pu faire le pari qu’une voiture m’aurait foncé dessus vu qu’ici ils roulent comme des locos (des fous)) - la pédale de ma nueva bicicleta (nouveau vélo) s’est cassé sec. J’ai le cœur brisé pour une pédale.
Cela fait à peine une semaine qu’on commençait à se connaître et je dois déjà me séparer de Roulette- oui parce que je l’avais baptisé ainsi, Roulette ma poulette t’es mieux qu’une pépette avec ton allure de fausse starlette.
Dimanche dernier, le 20 janvier 2008, un dimache de grand soleil les cadrans numériques de la ville affichait 26° grados, avec Francesca on était allée au mercadillo. Un mixte de marché aux légumes, de bazar, de marché aux puces…sur une étendue immense… à l’entrée il y a un monsieur venu de l’Est sûrement qui jouait de l’accordéon-piano pour gagner quelques piécettes puis il fallait passer sous un tunnel-pont et là on débouche sur un marchand aux fleurs, des oeillets de toutes les couleurs, et on voit une grande étendue de marchands, de gens, qui se crient leurs prix, qui se bousculent, ça fourmille de tous les sens. Le genre d’endroit que j’ADORE.
Pour avoir une place et vendre, il suffit de payer 3 euros à un monsieur qui vient au cours de la matinée. Souvent ce qui est vendu est sûrement des trucs voler à droite à gauche ou alors récupérer dans les poubelles de la ville… vu qu’ici, c’est courant de trouver pleins de trucs encore bien à la poubelle que ce soit des habits, des meubles, de la vaisselle, des jouets pour enfants. Viva la sociedad de con - sommation !!!
Une ambiance bien populaire, où chacun cherche à faire ces affaires. Il y a quelques immigrés africains qui essayent de vendre des imitations de parfum, de ceintures, des lunettes, de sacs de grandes marques, il y a des enfants gitans qui vendent des petits chiens pour 50 euros, il y a des vendeurs de piou-piou qui sont entassés dans une micro-cage et qui se débattent dans tout les sens, j’y ai vu aussi des petits coqs et même des porcelaits … qui je suis sûre soulèverait une révolte chez nos amis protecteurs du bon traitements des animaux. Il y a ceux qui vendent des habits tout neufs, des chaussures ou des cosmétiques pour quelques euros mais pur made in china merdique.
Et ce marché est réputé pour vendre des vélos pas chers… on ne sait pas si ce sont des vélo volés ou si des vélos réparés…
Et c’était pour cela principalement que Francesca et moi, on s’était déjouquée (bon pour les non-normands : cela veut dire se lever) de bonne heure un dimanche matin…chose très rare pour nous deux- l’avenir appartient à ceux qui se lève tôt, veulent-ils nous faire croire certains.
A chaque fois qu’on voyait donc des vélos on demandait le prix… entre 30 et 50 euros. Francesca a marchandé comme ces origines lui autorisent en bonne napolitaine et d’avoir au final ce qu’elle veut, elle sait y faire la mad’moizelle et donc elle a eu sa bici pour 12 euros avec une chambre à air en prime au lieu de 15 euros sans la chambre à air .. bon sa bici est rouge, petite, mais merdique… c’est pour ça aussi qu’elle était moins cher que les autres.
Moi j’ai eu un coup foudre pour une bici semblable à celle de Francesca. Quand je dis un coup de foudre, c’est vraiment un coup de foudre car quand je l’ai vu, j’ai tout de suite su que c’était avec elle que je voulais parcourir Séville.
Roulette, elle est vieille et elle ressemble un peu à un vélo de cirque, elle est rouge et blanche et il ne lui manquait juste une sonnette pour être au top. Elle était un peu petite pour moi, et pas très confortable car la selle était dure et au début basse donc elle faisait mal aux fesses mais je l’aimais quand même. Elle a un porte-bagage et elle peut se plier en deux pour rentrer dans une voiture. Moi, je voulais lui donner une seconde jeunesse et j’avais déjà un projet de relooking avec mes amis les acryliques. Je me voyais déjà lui faire parcourir des milliers de kilomètres et faire des jaloux, l’emmener faire les courses du marché, l’a baladé le long du rio et dans les grands Parc de Séville. Je me voyais déjà traverser à toute vitesse la ville pour rattraper mes retards à mes rdv ici et là. Je me voyais déjà avec elle et mon accordéon sur le dos pédaler les cheveux au vent et le sourire aux lèvres.
Mais Roulette est vieille et quand on est vieille bien qu’on fonctionne encore, on se casse facilement quelque chose… et pour s’en remettre c’est plus dur. C’est bien connu que c’est cher pour les vieux les frais médicaux ! Et le monsieur au bleu de travail et aux mains sales de canbui m’a annoncé que sa guérison valait le prix de sa vie…30 euros… à moins que je trouve les mêmes pédales au mercadillo et là ça me coûterai que 10 euros de main-d’œuvre.
Ma Roulette, ma starlette, j’ai pas trop envie de te revendre, ni de te perdre…
Avec toi, je me sentais comme sur une Harley d’advison et tu me rendais la vie si belle, tu me faisais sentir un peu de vent en plein soleil brûlant, tu faisais retourner certains passants, tu me faisais aller et venir en quelques minutes d’un endroit à un autre, tu me donnais l’impression de voler et de sentir la vie plus légère, …et même d’arriver à l’heure à mes rdv.
Mais Roulette, je ne t’oublierai pas, je n’oublierai pas ces aventures, certes peu nombreuse mais déjà forte que j’ai vécu avec toi… le si beau dimanche de notre rencontre, où nous avons avec francesca roulé très fière de notre achat le long du rio, et parcouru la ville à la recherche d’un poulet rôti à manger.. mummm c’était bon, où j’avais sur le retour pour notre appart rencontré un groupe de jeannettes espagnoles à qui j’avais acheté un porte-clef à 1 euros, c’était chouette comme après-midi, c’était un vrai dimanche, un jour spécial, un jour de ballade et de rencontres, un jour où on est plus heureux que d’habitude. Je n’oublierai pas le soir où avec Francesca, on est allé chez Juanita avec qui nous travaillons les classa de cultura materna pour régler nos selles et nos guidons… dans la rue, en face de son immeuble, car Juanita habite au dernier étage sans ascenseur donc pas trop possible de monter les vélos ! et où un aimable sévillan à vélo s’est arrêté nous aider et à coup de génie a su monter ma selle et mon guidon qui paraissait bloqué…
J’étais contente d’avoir ma selle réglée et que tu sois à ma taille ma Roulette, j’avais même plus mal aux fesses et j’avais alors l’impression d’être une reine à la conquête de la ville ! Je n’oublierai pas ce jeudi matin, où j’étais un peu à la bourre pour mon cours d’espagnol et où je suis allée acheter des fleurs, des œillets (vu qu’ici on trouve pratiquement que ça !) rouges et blancs pour les 70 ans de Marie-Paule, ma prof d’espagnol… j’avais pédalé bouquet à la main, lunettes de soleil de mafieuse et ma veste rayée bleu ciel acheté au mercadillo à 0,50 centimes à des babos français en manque d’argent pour continuer leurs périples. Nous faisions un beau spectacle à tous les passants qui nous croisions… Après mon cours d’espagnol, j’étais allée chercher mes sous à la banque et un cadena et nous avions revu l’homme au vélo qui avait monté la selle… séville devenait petit … et nous avions dû nous arrêter nette devant un petit bout de chou haut de trois pommes qui s’était arrêté net au milieu de mon chemin émerveillés par les bulles de savons qui volaient au-dessus de lui qu’une dame qui devait être sa mère avait soufflé. Ma Roulette, tu avais commencé à voir le changement de notre appart, le chantier causé par la nouvelle cuisine…t’avais encore pleins de choses à découvrir … Ma roulette, j’espère encore rouler avec toi …sinon j’espère pour que pour toi, ça roulera sans moi…
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