Je suis en Espagne à Sevilla depuis 6 mois. Mon Service Volontaire Européen au sein de « Sevilla Acoge » dure neuf mois en tout, le temps d’une nouvelle naissance. « Les voyages forment la jeunesse » dit-on. Oui, le SVE m’a transformé, je me sens différente, mieux armer pour affronter le monde et ma vie d’adulte.
J’ai souvent entendu « tu as de la chance de partir »… oui, c’est sûr c’est une chance… mais elle n’est pas tombée du ciel du jour au lendemain ! J’ai mis un an : le temps de prendre connaissance du programme, mûrir mon projet, écrire, envoyer les candidatures, téléphoner aux asso’ espagnoles … Il n’est pas si facile de partir, mais ça vaut le coup! Pas facile, car en France on est encore trop dans un certain carcan de chemin de vie où il faudrait ne jamais s’arrêter après le bac…fac, boulot… pas si facile de quitter tout son univers familiale et amicale. Prendre la décision de partir en SVE, c’est déjà un grand engagement…avant même de le vivre.
Un SVE, c’est bien plus que de se mettre au service d’un projet au sein d’une association. C’est essayer d’apprendre à vivre différemment, avec d’autres codes culturels, vivre l´Europe. Vivre un SVE c’est comme rentrer dans un écran d’un film en VO non sous-titré !!! Au début, on sait notre rôle mais on ne sait pas le jouer et surtout on ne comprend rien ! On se sent vraiment étrangère, car tout nous semble étrange, le rythme de vie, la façon de se saluer, de manger, de s’habiller, l’organisation des transports, des rues, « le décor » : tout est différent jusqu’aux actes banals de la vie quotidienne comme aller au WC, ici le papier hygiénique se jette dans la poubelle et pas dans la cuvette!
Les premiers mois au sein de « Sevilla Acoge » je me sentais perdue. C’est une association qui travaille sur l’accueil, le soutien et l’intégration des immigrés. Petit à petit, j’ai trouvé ma place. Je suis essentiellement associée à deux projets du département « Jeunesse ». J’accompagne Abdul dans son travail d’éducateur auprès de jeunes marocains qui vivent à Albaraka, un appartement de pré-autonomie de l’association, et Juanita dans un collège pour faire des interventions auprès des élèves sur l’interculturalité. Je ne me sens pas indispensable, mais comme une présence, un renfort. J’apporte mes idées, un regard neuf sur les activités, les projets, mes observations… Par exemple, j’étais choquée de ne voir aucun livre à Albaraka… même pas un dictionnaire arabe-espagnol, maintenant il y a une petite bibliothèque à l’appart’. Au collège, c’est dur car je suis face à des adolescents qui ont un esprit déjà fermé pour certains... parler d’interculturalité, d’Europe, autre chose que leurs micro-nombrils, le tout en espagnol demande beaucoup d’énergie et d’espérance ! Quand je leur parle d’Europe, j’ai l’impression que pour eux l’UE c’est rien, que c’est un autre continent !!! Mais, j’ai l’espoir que les petites graines que je sème chez eux fleuriront un jour…
Avant de partir, j’avais quelques notions d’espagnols mais je ne l’avais jamais étudié dans ma scolarité…j’ai appris ici, surtout avec mes colloques…allemande et italienne et mon tuteur marocain, ce qui me donne un accent métissé super original! Maintenant, j’arrive assez bien à parler, j’arrive même à m’énerver en espagnol ! Au début, j’avais des migraines linguistiques, seulement à essayer de comprendre et de dire quelques mots, c’était très fatigant. Mais pouvoir s’exprimer c’est exister, donc chaque jour on apprend un peu plus et c’est chaque fois une mini victoire, on se sent de mieux en mieux. Même si j’ai une carte d’identité et une nationalité française…je me sens bien plus, je me sens moi, je me sens riche de toutes ces rencontres, je me sens comme un patchwork coloré de toutes les découvertes que j’ai fait sur la vie, le monde, sur les autres, et sur moi-même.
Dans 3 mois, mon SVE prend fin, j’ai peur et en même temps hâte de rentrer à nouveau…je vais téter ma goutte de culture française, travailler un peu, puis faire le tour de mes nouveaux amis dans leur pays… puisque l’Europe est devenu comme mon pays et que je n’ai plus de frontières en tête…
…Osez partir, osez vous engager, osez l’Europe…
Claire Schneider
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